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Histoires Vécues

Je suis sur le point d’unir mon passé, mon présent et mon futur à l’homme que j’aime

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Photos: internet

Aujourd’hui est un jour unique dans ma vie. Je suis sur le point d’unir mon passé, mon présent et mon futur à l’homme que j’aime.

Mes yeux ne peuvent pas se détacher de lui pendant que j’avance vers lui au bras de mon frère aîné. Mon cher et tendre amour paraît tellement anxieux et tellement sérieux quand il a entrepris de soulever mon voile que j’ai failli me laisser aller au fou-rire qui me guettait. Je n’ai pas pu m’empêcher de tourner mon regard vers Mma au moment de dire « oui ».

Car c’est grâce à elle que je suis là. Heureuse et vivante. Grâce à ma belle-mère.

 

Kok et moi étions ensemble depuis 9 mois quand il a décidé de me présenter à sa mère. J’ai tout fait pour l’en dissuader. En vain. J’ai dû abdiquer n’ayant plus aucun argument et surtout parce qu’il commençait par s’étonner de ce que je sois aussi réticente à l’idée de rencontrer celle qui lui a donné la vie. N’importe quelle fille aurait sauté de joie et aurait pris cela pour un signe d’engagement de la part de son homme, à juste titre.

 

Alors j’ai dû arrêter et feindre la joie parce que je voulais que cette journée-là soit parfaite. Je ne voulais pas que quoi que ce soit vienne gâcher ces instants. Les derniers instants que j’allais passer avec lui.

Nous avions prévu de passer l’après-midi chez sa mère et ensuite de passer la soirée chez lui en amoureux avant que je ne rentre chez moi. Il a bien essayé de me convaincre de passer toute la nuit chez lui mais cette fois-ci, j’ai tenu ferme.

Il était passé me prendre avec sa moto et nous nous étions rendus dans la maison de ses parents. Il m’avait expliqué que depuis le décès de son paternel  2 ans plus tôt et son départ à lui de la maison familiale, sa mère avait transformé leur maison en hospice de la seconde chance. Elle accueillait des jeunes délinquants, des prostituées et des filles-mères et les aidait à se reconvertir dans des activités plus honnêtes et plus nobles. Sa maison leur servait d’abri en attendant qu’ils achèvent leurs formations en travaux manuels ou leurs études pour ceux qui ont repris le chemin de l’école.

C’était donc avec une certaine froideur  que je m’étais préparée à rencontrer cette mère Teresa version togolaise. Je trouvais cela hypocrite, cette passion qu’elle s’était découverte tout d’un coup, alors qu’elle était de celle qui passait leurs weekends à l’étranger ayant été l’épouse d’un ministre avant que ce dernier ne tombe en disgrâce.

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Nous étions finalement arrivés. Dès notre entrée dans la maison, nous avions eu à répondre aux nombreux « miawoézon » lancés de toute part avant d’être dirigés vers le salon du 1er étage. On nous avait informé que la propriétaire nous rejoindrait dans quelques minutes. Dès son entrée, l’atmosphère changea. Nous nous étions levés. Elle embrassa  longuement son fils avant de se tourner vers moi.

 

« Bonsoir Mma »

« Bonsoir ma fille, quelle joie de te rencontrer enfin. Depuis le temps que mon fils me parle de toi ! »

« C’est un honneur pour moi aussi »

 

Puis tout à coup : « ça va, ma fille ?»

C’était comme si ma langue était devenue du plomb, je ne pouvais pas répondre que tout allait bien parce que ce serait un mensonge. Et je savais que je ne pouvais pas répondre à cette femme. Pas quand elle me regardait comme ça. Et d’ailleurs, pourquoi cette question ?

À partir du moment où elle s’était tournée vers moi, j’ai su que mon plan allait être gâché. C’était comme si elle lisait en moi .Elle m’a regardé droit dans les yeux et son regard était si chaleureux, si humain. Comme si elle savait.

Elle m’a adressé un sourire rassurant avant de s’asseoir et de nous inviter à faire de même. J’ai dû m’agripper au bras de mon chéri pour y arriver tellement je tremblais. Il commençait par me regarder d’une manière inquiète. Mais je ne pouvais pas me détacher du regard profond de sa mère.

« Ma fille, tu sais très bien que tu vas devoir lâcher ce sac à un moment donné »

Je ne m’étais pas rendue compte que je serrais mon sac de toutes mes forces. Cette femme me mettait à nu. Il fallait que je détourne l’attention. Mais dès que j’ouvris la bouche, je fondis en larmes. Ce jour-là, j’ai versé des litres et des litres de larmes.

« Kokou, s’il te plait prends le sac »

Il s’exécuta et m’arracha mon sac, l’ouvrit pour en sortir deux boîtes de Sniper, la lotion anti-moustique que j’avais achetée pour mettre fin à mes jours cette nuit-même.

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« Akofa, qu’est-ce-que ça veut dire ? Chérie, réponds-moi …. »

« Je……… », fut tout ce que je fus capable de dire avant que mes larmes ne redoublent d’intensité. Je pleurais ma colère contre cette femme qui venait d’anéantir mon plan si minutieusement élaboré. Je pleurais contre cette douleur qui refusait de partir. Je pleurais contre ma mère qui m’a dit que ce n’était pas grave, qu’il y en aura d’autres. Je pleurais contre ma culpabilité d’avoir. Je  pleurais contre le fait de n’avoir pas été capable de garder mon bébé.

Je pleurais contre cette fauche couche que je ne comprenais toujours pas.

Après avoir épuisé tout le stock de larmes que j’avais en moi, je leur racontai toute l’histoire. Dès le début de notre histoire, Kok et moi avions tout de suite su que nous étions fait l’un pour l’autre, c’était vite devenu sérieux mais nous avions décidé ensemble de laisser nos familles respectives en dehors de ça.

De profiter juste l’un de l’autre sans nous prendre la tête. Quatre mois plus tard, il s’absentait  pour un voyage d’affaires qui devait durer un mois. C’était  pendant cette période que je m’étais rendue à l’hôpital suite à des malaises et que j’ai appris que j’étais enceinte de deux mois. Choc, émerveillement, joie. Je n’arrêtais pas de toucher mon ventre.

La première chose que j’avais faite à été d’appeler ma mère pour lui annoncer, je l’ai suppliée de le garder pour elle en attendant que je l’annonce au futur papa. Je voulais qu’il rentre avant de lui dire. Les deux semaines qui ont suivi ont été les plus émouvantes de ma vie.

J’appelais ma mère quasiment tous les jours pour lui faire part de la moindre nausée, du moindre mal de tête, de mon baby bump qui commençait par se montrer.

J’étais dans ma bulle. Puis un matin pendant que je faisais mon échographie, le médecin m’a annoncé que le cœur de mon bébé ne battait plus. Aussi simplement.

Je ne sais pas comment j’ai réussi à  rentrer chez moi ce jour-là. Le lendemain, le fœtus a été éjecté de mon corps. Je n’étais plus enceinte. Je n’ai pas versé une seule larme.

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C’était comme un cauchemar dont j’allais me réveiller. J’ai fait jurer à ma mère de n’en parler à personne puisque le bébé n’était plus.

 

Une semaine après, Kok est rentré. J’ai tout fait pour ne rien laisser échapper. Je ne l’ai pas laissé me toucher depuis de peur qu’il ne remarque quelque chose. J’avais décidé de passer cette dernière nuit avec lui avant de m’en aller parce que je ne pouvais plus supporter cette situation.

Je m’étais tue à ce point de mon récit. Mma m’encouragea : « continue, ma fille. Tu dois en parler ». Kok m’avait serré la main. Je l’ai regardé, il pleurait.

« C’est inexplicable ce que je ressens. De la tristesse, de la colère, de l’incompréhension et surtout de l’abandon. Mon ventre me semble vide depuis et j’ai beau manger tout ce qui me tombe sous la main. Je….. je  n’arrive pas à chasser cette sensation horrible. Je suis vide et c’est horrible. Personne ne peut me comprendre »

 

« J’ai eu trois fausses couches avant d’avoir Kok. Donc oui, je te comprends. J’ai vécu cette douleur, ce vide encore et encore. Puis un jour, Kok est venu le combler pour de bon. J’ai remercié DIEU chaque jour que je me réveillais et qu’il était toujours là dans mon ventre. Ça n’a pas été facile de perdre ces trois bébés, ma survie a dépendu du fait que j’avais le soutien de mon mari, de ma famille, de mes amies qui étaient à ma disposition dès que j’avais envie de parler. Avec mon mari, nous étions ensemble pour faire le deuil, ça nous a pris des années et encore on n’oublie jamais mais nous étions ensemble nous supportant mutuellement. Tu dois en faire autant. Je vous laisse discuter. Une dernière chose, sachez que vous avez tous les deux le droit d’être en colère. C’est tout à fait normal.»

 

J’ai retenu ma respiration tout le temps que Mma a parlé, Je commençais déjà par me sentir mieux. J’appréhendais la réaction de Kok mais la première chose qu’il a faite a été de me serrer dans ses bras. Nous avons beaucoup parlé cette nuit-là.

Et nous voilà aujourd’hui mariés et heureux pour ce deuxième bébé qui grandit en moi.

 

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